C’est à l’arrière d’une Toyota Corolla - on ne trouve quasiment que ce modèle en Afghanistan - qu’a débuté ce travail photographique. En janvier 2025, je pars en mission humanitaire à Kaboul avec l’ONG Médecins du Monde. Je sais que mes déplacements seront restreints - règles sécu oblige - et que mes contacts avec la population seront rares. Cette frustration est pourtant compensée par le point de vue privilégié qu’offre la voiture lors des trajets vers les centres de santé de la capitale ou des provinces voisines. Et puis, les déplacements m’ont toujours procuré un plaisir enfantin, accompagné d’un éphémère sentiment de mélancolie à l’approche de leur fin. Lors de ce voyage, qui m’a également mené en Ouzbékistan, la contemplation passive a laissé place à la recherche permanente d’un cadre et de protagonistes, d’un arbre fou ou d’ombres mystérieuses, sans qu’il ne soit possible de m’arrêter, faire demi-tour, recadrer, tourner autour. Tandis que la voiture traverse les plaines enneigées, des personnages pénètrent et quittent le champ délimité par la fenêtre. Derrière la vitre - c'est un jeu qui occupe le trajet comme on compte les tunnels lorsqu’on part en vacances. Pour rompre avec l’étroitesse de l’habitacle, mon regard glisse de gauche à droite et étire les scènes qui défilent. Le cadre finit par s’élargir. Comme l’envie de briser cette vitre pour m’asseoir sur l’énième bicyclette que nous dépassons et enfin respirer le même air.